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Le Pétassou, Trèves (Gard) , février 2015

Le village de Trèves dans le département du Gard est blotti au fond de la vallée du Trévezel un ruisseau qui prend sa source sous un autre nom « le Bonheur » sous le sommet de l’Aigoual (la Montagne de l’eau) au col de la Seyreréde. Cette rivière coule dans la vallée du Bonheur (« les Bons Hommes » les moines) puis disparaît sous terre pour rejaillir dans l’abîme du Bramabiau (« le cri du bœuf ») pour se glisser dans les gorges entre massif de l’Aigoual granitique et Causses calcaires. Dans cette zone fortement minéralisée les caprices de la géologie ont enserré de nombreux filons métallifères et des dépôts carbonés. Mines de lignite du côté caussenard, mines de plomb et ses alliés côté Cévennes.
Le village de Trèves est au fond de la vallée, il continue à vivre de l’agriculture et du tourisme, même si son passé minier a quasi disparu ne laissant des traces que dans les lieux-dits et la mémoire collective.

 

 

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Les hivers sont froids et souvent neigeux, la fin de janvier et le début février sont particulièrement longs, le temps s’étire à attendre le Printemps. La terre s’est refroidie et l’habitant s’impatiente. Comme dans de nombreuses régions de Carnaval il est des rituels qui sont nécessaires à la renaissance de la vie. Celui de Trèves est le « PÉTASSOU », un homme en guenilles au costume fait de nombreuses bandes de tissus si possible de couleurs vives. Un homme masqué, un sauvage venu de la montagne, un que l’on ne reconnaît pas, un qui va de maison en maison, un qui dit ses quatre vérités à chacun, un qui boit beaucoup, et qui menace de son escoube, ses balais pour tout virer. Un rituel de passage qui fait peur aux petits enfants, qui fait rire les plus grands, qui permet de boire ensemble, de se réchauffer une fin de semaine d’hiver.

 

 

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La Saint Blaise, le 3 février, est au paganisme ce qu’est le Carnaval pour les croyants, un moment où tout peut être dit. Dans de nombreux villages cévenols c’était un moment de fête pour se retrouver en hiver. À Trèves c’est le premier dimanche de février, près de cette date. Le Pétassou erre de fermes en hameaux, accompagné de musiciens buvant sec et causant sous son masque. C’était souvent un que l’on ne reconnaîtrait pas et qui pouvait dire. Le samedi on danse. Le dimanche on farandole sous sa direction en direction de la salle des fêtes pour l’apéro. Si nécessaire on se relaie sous le costume pour emmener petits et grands et pas question de refuser une danse. Et tout se clôt par un spectacle. Naguère l’on n’hésitait pas à brûler le Pétassou détenteur des secrets. Une purification par le feu afin de se réchauffer avant les grandes lessives de printemps.

 

 

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L’origine est ancienne et la coutume a su s’adapter pour survivre. Ce qui est étonnant c’est que dans d’autres régions d’Europe on retrouve le même loqueteux, grand buveur à la langue bien pendue. Les Arapis ou Maures à Iasi en Moldavie, ou le chiffonnier de Ziwiec en Pologne. Eux sortent plutôt pour le tout début de l’année n’hésitant pas à se servir dans les clapiers et les jardins. Ce sont tous des paillasses de zones minières. Ne seraient-ils pas fils de ces migrants qui allaient de villes en villes, souvent solitaires, offrant leurs bras de mineurs pour extraire à la terre leurs métaux précieux ?

 

 

 

Le Pétassou, Trèves (Gard), février 2015